Si vous n’avez rien compris à la polémique sur la loi « Etat-nation du peuple juif » – Binyamin Lachkar

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La polémique sur la loi fondamentale portant sur « l’Etat-nation du peuple juif » , votée fin juillet, est en grande partie surréaliste. La plupart des critiques et des gens outragés ne l’ont pas lue. Elle est pourtant assez courte. Ils s’indignent pour des raisons en grande partie imaginaires.

La loi ne dit que des banalités, a priori acceptées par la plupart des gens: Israël est l’Etat-Nation du peuple juif, Jérusalem est sa capitale, la Tikva est son hymne, l’hébreu est la langue officielle etc.

L’immense majorité de la population soutient cette loi à près de 60%. Plus de 70% au sein de la population juive. On ne peut pas dire non plus que la loi a été votée à la sauvette. Elle a été déposée à l’origine en 2011 par le parti de centre-gauche Kadima.

Dans sa version actuelle, elle a subi une année entière de débats en commission parlementaire. Elle a aussi été votée par la majorité absolue des députés, ce qui est assez rare. La légitimité du texte est incontestable. Les rares critiques argumentées se concentrent sur deux points. Le prétendu rabaissement du statut de la langue arabe et le paragraphe sur les « implantations juives ».

Contrairement à ce qui est souvent entendu, la langue arabe n’a jamais eu de statut égal avec l’hébreu. Cela a pourtant été affirmé par les tribunaux et la Cour suprême tout au long de ces années. Le statut des langues découlait de règles issues du mandat britannique et de décisions juridiques ad hoc prises au fil des ans, mais sans règlement officiel. Les choses sont aujourd’hui précisées et suivent la pratique actuelle. L’arabe aura un statut particulier et officiel. Ce n’était pas le cas auparavant. C’est donc en fait une amélioration de statut pour l’arabe.

Les localités juives de Judée-Samarie ?

Le volet du soutien aux localités juives de Judée et de Samarie est un cas d’incompréhension et de mauvaise traduction. Il est d’ailleurs marquant que les critiques sur ce point se fassent plus entendre en dehors d’Israël que sur place. Le terme « implantations juives » évoque automatiquement les localités juives de Judée Samarie. Donc, certains s’imaginent qu’il s’agit de « renforcer la colonisation ».

Mais ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. Le terme de « ityashvut yehudit » est difficile à traduire mais il signifie essentiellement la création de localités juives à l’intérieur des frontières d’Israël. C’est un concept fondamental du sionisme socialiste et la base idéologique des kibboutzim et autres moshavim. Ce paragraphe, purement déclaratif, ne fait que rappeler l’importance de ce concept.

Egalité ?

En Israël même, la principale objection émise par la gauche contre cette loi tient cependant à ce qui ne s’y trouve pas : le mot « égalité », qui établirait l’égalité entre tous les citoyens, juifs, arabes, druzes ou autres. C’est une critique assez bizarre. La loi n’évoque pas non plus de la sécurité sociale ou du droit à la propriété. Ce n’est tout simplement pas l’objet de cette loi. L’égalité entre les citoyens est déjà établie dans d’autres lois fondamentales, et c’est justement pour cette raison que la loi sur l’Etat-Nation a été votée – afin de rétablir les équilibres entre les droits individuels des citoyens quelques soient leurs origines, et les droits nationaux du peuple juif.

La tendance de la Cour suprême depuis 25 ans et sa contestable (et illégitime) « révolution constitutionnelle » a été de restreindre petit à petit, tout ce qui touchait au caractère juif de l’Etat et d’imposer contre la volonté populaire une lecture universaliste et idéologisée du concept de démocratie, transformé en système de « valeurs » plutôt qu’en régime politique.

Démocratie ?

Ainsi pour les thuriféraires de ce qu’on appelle en Israël « la démocratie dans son essence réelle », la démocratie est un système de valeurs décidées par « la population éclairée » et qui s’impose par les tribunaux. La « démocratie technique », le système politique avec ses élections, est dangereuse parce qu’elle mène à la dictature de la majorité et l’oppression des minorités.

Ce discours anti-démocratique classique (Platon utilisait le même genre d’arguments) est qualifié de démocratique et ceux qui veulent rétablir la démocratie sont qualifiés de fascistes qui veulent mettre fin à l’équilibre des pouvoirs. Mais c’est exactement l’inverse. Evidemment !

L’équilibre des pouvoirs a été cassé par la cour suprême qui s’arroge tous les droits sans le moindre équilibre, sans la moindre légitimité et sans la moindre responsabilité pour les conséquences de ces décisions, le fondement même de la démocratie. Les juges invalident les lois non pas parce qu’elles contredisent d’autres lois mais parce qu’ils ne les aiment pas. En revanche, de nombreuses décisions de la Cour suprême sont en fait absolument contraires à la loi.

La Cour suprême

Or, une des principales conséquences de l’activisme politique de la Cour suprême a été de vider le contenu juif de l’Etat d’Israël de tout sens et de le subjuguer à celui de démocratie. Cette dernière fut ainsi interprété, comme identique aux valeurs « libérales » (au sens américain). C’est-à-dire en fait, celles de la gauche progressiste.

Et c’est bien ce qui explique l’hystérie et la violence des principaux opposants à la loi. S’il ne s’agissait que de changer un mot par ci ou par là comme certains l’affirment, il serait difficile de justifier les passions déclenchées. Ce qui est refusé c’est la définition même d’Israël comme un Etat juif. Les masques sont tombés. Une partie de la gauche a sombré dans le post-sionisme. Elle cherche à transformer Israël en Etat sans identité juive.

Ce sont les mêmes qui se battent pour empêcher l’expulsion des dizaines de milliers d’immigrants illégaux et qui mènent campagne contre le moindre symbole juif dans l’espace publique ou dans l’armée. Les mêmes qui cherchent à détruire la démocratie en transférant le pouvoir aux conseillers juridiques, aux tribunaux et aux fonctionnaires non élus acquis à leur cause. Il s’agit d’une petite minorité. Même au sein de la gauche, mais elle est puissante et dispose de nombreux relais. La gauche parlementaire, en décidant de suivre ces extrémistes dans leur combat contre la loi sur l’Etat Nation, a commis un suicide politique dont elle aura du mal à se relever.

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