Je suis rassasié de ces cérémonies de mariage extravagantes, outrecuidantes, tonitruantes et au paraitre fiévreux.

Je suis dépité par ces longues palabres, ces vocalises déplacées et le fatras d’inutiles autour et sous le dais nuptial.

Je suis exaspéré par ces hordes indignes préférant leur appétit rapace en lieu et place de ce moment solennel pour lequel on voulut bien inviter ces malpropres.

Je suis affligé par cette mascarade de masques humains s’agitant sur des sons néandertaliens après s’être imbibés de liquides et de fumées.

Je suis perplexe face au culte nuptial à sens unique pour deux époux qui se proposent un amour commun, une existence au ‘Nous’!

Je suis agacé par ce bruit musical qui m’oblige très arbitrairement à me museler et, ainsi, m’empêcher d’échanger, de communiquer avec tous mes autres.

Je suis indigné par la disparition du panier à cadeaux, la présence de la tirelire à chèques et l’apparition novatrice des ‘paiements’ par carte bancaire.

Pauvres parents, pauvres beaux-parents, ils veulent le meilleur pour leurs rejetons, ils sont prêts à tous les sacrifices, quitte même à s’endetter pour certains. On aspire au plus beau jour, on désire éblouir, on rêve en attendant l’heure, il faudra que le show soit mémorable. A cette occasion on ne lésinera point sur les photographes, les caméramans, les photos-collantes, la fumée de scène et les cotillons. Les mariages sont devenus des soirées de ‘Versailles’, on y invite beaucoup, on participe peu. On se saigne, la mort dans l’âme, pour ce moment de sur-vie car comment ne pas être à la hauteur du « plus beau jour » de leur vie!

Les invités sont comme de bien entendu pléthore, puisqu’il faut faire du chiffre, ils y viennent les bougres, bon gré mal gré, certains en pèlerinage, d’autres montant à l’’échafaud’.

Sous le dais, le cérémonial a commencé.

Les proches, famille resserrée et amis fidèles, sont au plus près de la scène et prennent part au bonheur des deux jeunes tourtereaux. Les autres, lors de ce silence religieux tout relatif, vivent des retrouvailles un verre à la main, des jeunes filles se détaillent, se jaugent et s’apostrophent toutes, chacune, des indifférents bavardent, s’esclaffent par petit groupe, on éructe bien souvent les bienfaits de ce bar apéritif si savamment préparé et si copieux.

Comment, après cela, voulez-vous assumer une telle responsabilité, devoir se mettre à table et vouloir faire honneur à nos hôtes ?

Heureusement l’horloge est bien là, entre 22h30 et 23h les masses laborieuses commencent à se lever, à saluer, à remercier, à se confondre en salamalecs de tous genres, avant de prendre la tangente vers le calme et la solitude.

Les vétérans demeurent.

C’est cette famille proche, aimante et très investie, impossible aussi d’oublier les copains, les copines qui à eux seuls savent transformer le présumé spectacle ridicule en une ode à l’amour, une expérience personnelle et émotionnelle.

Vous l’aviez compris, n’est-ce pas, je désapprouve, je crois même que cela m’horripile.

Le plus beau jour n’est que fadaises, le plus beau souvenir n’est que balivernes! Lorsque le défilé familial se déroule on applaudit, lorsque la et le marié(e) marchent vers…

On fait du bruit avec ses petites mains.

Moi, voyez-vous j’applaudis toujours au mot ‘FIN’ jamais avant.

Avec les miens, par contre, nous chantons, nous dansons, ce n’est que le début de l’enchantement et nous le leur souhaitons ainsi.

En conséquence, une des premières résolutions serait d’inviter les proches et les intimes seulement, ne s’embarrasser d’aucune obligation superflue, ni avec les collègues, les voisins de palier, ni avec les lointains et les perdus de vue. Soyons vrais, voyons les choses en face, seule la jeunesse familiale et les ami(e)s viennent se donner corps et âme aux réjouissances de ce couple qu’ils aiment déjà tant.

Les autres, tous les autres, ne sont que de pâles figurants jouissant d’une cantine plus ou moins bonne et d’un bref moment de camaraderie. Tous, d’ailleurs et de manière récurrente, se désolent pour ces rencontres d’un instant, dans les moments de joie ou de peine, mais qu’à cela ne tienne, très prochainement: « on se téléphone et on se fait une bouffe ».

Donc, un petit mariage est la meilleure chose à faire, on préfèrera se consacrer à la qualité du jour et mettre en veilleuse les quantités bruyantes et anonymes.

Le budget, la production, la fatigue, le bruit, etc.., seront revus à la baisse pour la plus grande satisfaction des intéressés. Non des moindres, une possible rencontre et un éventuel partage entre ces deux familles se retrouvant soudainement liées et reliées, pourraient signifier une exemplarité d’altérité, d’union et d’intimité pour tous.

Mais non, la salle est bien divisée en deux clans très distincts, à gauche la famille du marié et à droite celle de la mariée, ou bien le contraire.

Dans le monde religieux, nous trouvons d’autres subdivisions: hommes et femmes mangent ensemble mais dansent séparément, hommes et femmes ne mangent pas ensemble et ne dansent toujours pas ensemble, hommes et femmes ne mangent pas dans la même salle et donc tous dansent dans leur salle respective.

Il me parait évident que la courbe des mariages hédonistes, rigoureux et fondamentalistes est exponentielle, en conséquence de quoi, nous voici assurés et rassurés quant aux perspectives à venir sans devenir

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