Quatre mois après son dernier match avec le Stade Brestois, le milieu italo-argentin Cristian Battocchio (25 ans), qui affronte Villarreal ce jeudi soir en Ligue Europa, s’exprime sur les raisons de son départ et ce qu’il retiendra de ses deux saisons finistériennes. Entretien.

> Vous ne vous étiez pas exprimé depuis votre départ de Brest. Et vous avez attendu que le Maccabi Tel Aviv dispute la phase de groupes de Ligue Europa pour le faire. Une façon de crédibiliser votre choix ?
C’était un peu ça. Mais c’était important surtout pour le club de se qualifier. Quand j’ai signé, ce n’était que les qualifications. C’est sûr que c’est bien de jouer l’Europa League, de retrouver des grandes choses.

> Est-ce que vous vous plaisez en Israël ?
Je l’ai toujours dit, j’ai envie d’essayer le plus d’expériences possibles. J’étais en Angleterre (Watford), en Italie (Udinese, Virtus Entella), en France (Brest), maintenant ici. La ville ici, c’est vraiment magnifique. Il fait chaud tout le temps, il y a la plage. Le club est un club important, sérieux, qui va jouer pour gagner le championnat, pour gagner la Coupe (nationale) aussi.

> Votre départ de Brest était inéluctable ?
Alors, ce n’était pas que je voulais quitter Brest ! C’était un problème avec l’Etat (la fiscalité française, NDLR), une raison économique parce que le club ne pouvait pas payer. J’avais aussi des choses en Ligue 1, mais c’était la même chose. Même si mon contrat changeait, que je gagnais un peu plus, ce plus aurait été pour payer les impôts. J’ai parlé avec le directeur (Grégory Lorenzi, coordinateur sportif), avec le coach, j’ai parlé avec tout le monde, mais ce n’était pas facile de rester…

> Donc comme cela a été dit au moment de votre départ, l’aspect financier a été déterminant ?
Oui, c’est plus ça qu’autre chose. A Brest, j’étais bien. Je me sentais important pour l’équipe, le coach m’a fait sentir que j’étais important. Donc c’était très difficile de quitter. La dernière saison (35 titularisations en Ligue 2, 8 buts et 6 passes) est l’une des meilleures dans ma carrière. C’est encore plus difficile. Mais bon, c’est le foot et il faut accepter que lorsque c’est fini, c’est fini.

> Vous auriez doublé votre salaire en Israël...
Oui mais ce n’est pas que le financier ! Je rejoue l’Europa League, que j’avais déjà jouée avec l’Udinese. C’est une vitrine importante. Mais bien sûr, quand il n’y a pas de problème de taxes, c’est bien aussi de commencer à faire un peu d’argent. La carrière finit vite (il a 25 ans), il faut penser à mettre de l’argent de côté.

> Est-ce que la montée ratée par Brest a pesé dans votre choix ?
Non. Parce que si j’avais voulu aller en Ligue 1, je serais allé en Ligue 1. J’ai eu des offres de Troyes, de Strasbourg – qui n’étaient pas magnifiques financièrement – et quelques autres équipes (dont Angers) qui ont parlé mais sans confirmer.

> A quel moment, dans la saison, avez-vous su que vous quitteriez le club ?
Vraiment, jusqu’à la fin, j’ai attendu pour rester. Et je ne voulais pas parler parce que je ne savais pas si je partais, si je restais. Mais j’ai parlé beaucoup de fois avec Greg (Lorenzi), beaucoup de fois avec le coach (Jean-Marc Furlan), mais le club ne pouvait pas me donner plus alors que j’avais déjà un bon contrat.

> Quand vous quittez la pelouse en larmes après le match en postant, quelques jours après sur Twitter, un message d’adieu à Brest, vous saviez déjà que c’était la fin…

Oui, oui, là c’était… Après l’émotion, les buts (un doublé contre le Gazélec, 6-2, 38e journée), qu’on ait perdu beaucoup de points (pour la montée), ça faisait mal. Je savais que si le club ne montait pas, c’était encore plus compliqué pour rester. C’est l’émotion. Je l’ai dit : Brest m’a fait grandir. Quand j’ai signé (en 2015), c’était un moment de ma carrière où je n’étais pas bien, je venais de descendre en 3e division en Italie. Brest m’a donné la confiance dès le premier jour. Et grâce à Brest, je suis là, à jouer l’Europa League.

> Vous avez passé deux ans au Stade Brestois, connu deux coachs et deux équipes très différentes : qu’est-ce que vous retiendrez ?
J’y étais très bien, les supporters m’ont fait sentir que j’étais à la maison. Donc ça reste dans le cœur. Après, pour parler des coachs, (Alex) Dupont m’a donné tout de suite la confiance, m’a mis sur le terrain même si je n’avais pas de préparation. Donc il faut que je le remercie lui aussi. Avec Jean-Marc (Furlan), j’ai appris beaucoup aussi, en tactique, le mouvement, l’étude des autres, c’est un très bon coach et une personne qui m’a aidé beaucoup.

> Vous avez eu des propositions du Japon, du Qatar, de Turquie, etc. Pourquoi avoir choisi l’Israël ?
Je devais aller au Qatar mais, au dernier moment, la proposition d’Israël est venue. J’aurais gagné plus d’argent au Qatar, mais le foot c’est différent… Ici, il y a du monde dans les stades. Quand on joue à la maison, il y a 10.000, 15.000, 20.000 personnes. Au Qatar, il y a 100 ou 15 personnes, je ne sais pas, qui te regardent. Au Japon, il y a du monde dans les stades, mais il n’y a pas de coupes, ce n’est pas l’Europe. Et la Turquie, l’équipe qui m’avait appelé, je n’avais personne pour savoir comment était le club, savoir s’il te paie régulièrement…

> Vous êtes titulaire en Coupe d’Europe au Maccabi (cinq titularisations et une entrée en jeu en six matchs), mais débutez plutôt sur le banc en championnat (deux titularisations, trois entrées). Pourquoi ?
Ici, on a 60 matchs dans la saison ! L’année dernière, ils ont fait 72 matchs entre toutes les compétitions et la sélection (israélienne) ! Alors le coach (Jordi Cruijff), il essaie de reposer les joueurs. En championnat, je suis entré, en Ligue Europa, j’ai toujours démarré.> Quel est le niveau du championnat israélien ?
Pour l’instant, on n’a pas joué beaucoup, seulement trois matchs (l’interview a été réalisée le vendredi 15 septembre, NDLR). Le premier, on a perdu 3-0 à la maison, contre une équipe (le Beitar Jerusalem) très technique, très bien organisée, une très bonne équipe. Le deuxième, on a trouvé une équipe moins bien organisée (Kyriat Shmona), plus physique, qui court beaucoup, avec des grands défenseurs. On a trouvé des espaces et on a gagné (2-1).  Mais la différence, pour l’instant, elle est dure à dire. C’est un mélange.

> Est-ce qu’il y a des joueurs connus en France dans le championnat ou dans votre équipe ?
Je crois qu’on a six internationaux israéliens dans l’équipe, il y a Tal Ben Haim (passé par Chelsea et Manchester City), qui est revenu, il y a un Espagnol qui a joué à Galatasaray, en Allemagne (José Rodriguez)… Et il y a un Français (Jean-Sylvain Babin), un défenseur qui a joué avec Bruno (Grougi) en sélection de Martinique.

> Et dans le championnat ?
Il y a beaucoup de joueurs connus aussi. Beaucoup de Brésiliens, d’Argentins que je ne connais pas parce que je n’ai pas joué (pro) en Argentine…

> Vous avez déjà 25 ans mais que 25 ans. Voyez-vous le passage en Israël comme un tremplin pour retourner en Italie, en Angleterre ou dans un grand championnat ?
Je sais que si l’équipe passe les groupes, ça va m’aider moi et ça va aider l’équipe pour  grandir. Mais, pour l’instant, je pense à faire les choses bien ici. J’ai deux ans de contrat, plus une troisième année si je joue 50% des matchs. Donc je ne pense qu’à ici.

 

© Le Télégramme

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