Le grand rabbin séfarade de Jérusalem, Shlomo Amar, donnera une conférence à la synagogue Buffault, à Paris, mardi 12 septembre, dans le cadre des Journées du consistoire de France. Sa venue suscite des protestations chez certains juifs libéraux et ashkénazes.

Le grand rabbin Shlomo Amar, lors d’une visite en Espagne en 2011.

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Le grand rabbin Shlomo Amar, lors d’une visite en Espagne en 2011. / JORGE GUERRERO/AFP

Ce n’est pas la première fois que Shlomo Amar, grand rabbin séfarade de Jérusalem depuis 2014, après avoir été grand rabbin d’Israël depuis 2003, est invité par le consistoire central de France. « Il est très lié à la communauté française, et vient régulièrement à Paris », précise-t-on au Consistoire.

Mais sa venue, mardi 12 septembre, à la synagogue Buffault (Paris), dans le cadre des « 10 jours du Consistoire », suscite cette fois un certain émoi, notamment chez les juifs libéraux de France. En cause, les propos du grand rabbin de Jérusalem mardi 5 septembre, lors d’un sermon hebdomadaire, fustigeant les juifs libéraux, « plus négationnistes que les négationnistes. » : « Ils (ndlr : juifs libéraux) essaient de jeter de la poudre aux yeux [de la population] et disent que les juifs orthodoxes extrémistes ont inventé la séparation des genres … C’est comme les négationnistes, c’est la même chose : ils parlent des négationnistes en Iran, [mais] ils sont plus négationnistes que les négationnistes », avait-il déclaré, à propos de la volonté de juifs libéraux de prier au Mur occidental de Jérusalem dans un espace mixte.

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Un grand rabbin connu pour son rigorisme

Connu pour son rigorisme, Shlomo Amar est né en 1948 à Casablanca (Maroc). Ayant accompli son aliyah (montée) en Israël en 1962, il fut élu en 2002 grand rabbin de Tel-Aviv, puis grand rabbin d’Israël. Son élection à ce poste avait consacré la victoire des partis ultra-orthodoxes du judaïsme sur le courant sioniste religieux, dont les deux grands rabbins précédents étaient issus.

« Mieux vaut en rire : le ’rav’ (ndlr : érudit, Maître) qui vient de déclarer que les juifs libéraux étaient ’pires que les révisionnistes’ (…) donne une conférence à Paris dans quelques jours, à l’invitation du consistoire, pour y parler de… l’UNITE du peuple juif. C’est vrai qu’il y contribue tant ! », a ironisé sur Facebook Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement libéral juif de France (MJLF) à l’annonce de la conférence qui aura pour thème « l’unité et le mois d’Eloul ».

« Il faut que le consistoire ouvre les yeux », estime de son côté Revital Shloman, directrice du Talmud Torah(service d’enseignement) du MJLF. « Le langage de ce rabbin va à l’encontre du judaïsme. »

Elle-même prévoit de se rendre, à titre personnel, à la conférence, arborant une photo du marché Mahné Yehoudah de Jérusalem, symbole de l’ouverture et de la pluralité du monde juif, en une forme de « manifestation tranquille et positive ».

Des propos « contraires à l’unité »

La protestation est partagée par François Heilbronn, vice-président du Mémorial de la Shoah, qui dénonce l’« archaïsme », l’« intolérance » et le « mépris insupportable » de Shlomo Amar, qui a également déclaré, à propos de l’homosexualité, qu’il s’agissait d’une « abomination ».

« Un ancien grand rabbin d’Israël, qui voue les homosexuels à la peine de mort et considère les juifs libéraux comme pires que les négationnistes, va venir s’exprimer dans une de nos belles synagogues parisienne et sera reçu par tous les dirigeants du Consistoire, déplore François Heilbronn dans un texte publié sur Facebook. Deux plaintes ont été déposées en Israël contre lui pour ’incitation au meurtre contre les homosexuels’. Comment, le consistoire donc, cette institution qui fut un modèle des valeurs de tolérance du judaïsme français et du respect des valeurs de notre République, tombe dans de telles mascarades ? »

Au sein même du consistoire, certaines voix s’élèvent, comme celle d’Evelyne Gougenheim, administratrice du consistoire de Paris et du consistoire central. « Le consistoire doit représenter tous les juifs de France, estime-t-elle. Les propos de ce grand rabbin sont contraires à l’unité. Je demande l’annulation de sa venue dans une synagogue consistoriale pour une intervention sur l’unité ! »

Un appel à un « nouveau consistoire » incluant « tous les juifs, religieux, femmes, homosexuels, libéraux » a été lancé sur Facebook sur le titre « division : pas en mon nom ! ». « Il s’agit de dire que la communauté ne se reconnaît pas dans les propos de cet homme », explique Michaël Amsallen, un des initiateurs de cet appel qui espère que ceux qui ne se reconnaissent pas dans le consistoire tel qu’il existe aujourd’hui se rendent mardi soir à la synagogue Buffault.

Joël Mergui, président du consistoire central, n’a pas donné suite aux sollicitations de La Croix pour expliquer cette invitation.

Clémence Houdaille

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