A coups de haches, de râteaux et de sécateurs, de jeunes bénévoles de plusieurs pays nettoient à la sueur de leur front le plus grand cimetière juif d’Europe, à Varsovie, quasiment laissé à l’abandon pendant des décennies.

« A l’entrée du cimetière, les allées sont assez bien entretenues et les tombes assez bien conservées, mais le reste du cimetière, c’est plutôt la jungle! Il y a beaucoup de végétation sauvage et des arbres qui ont poussé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale », explique Stanislaw Knapowski, un scout polonais de Poznan (ouest).

Pendant deux semaines en août, il a débroussaillé le cimetière avec une soixantaine de jeunes bénévoles d’une dizaine de pays, dont des Espagnols, Danois, Allemands, Finlandais ou Bélarusses.

Des bénévoles nettoient le plus grand cimetière juif d’Europe à Varsovie, le 22 août 2017© AFP

Témoin de la grandeur disparue de la communauté juive de Varsovie, le cimetière, établi en 1806, s’étend sur 33,5 hectares. Quelque 250.000 personnes, selon son directeur Przemyslaw Szpilman, principalement membres des élites juives de Varsovie, y sont enterrées.

En 1939, plus de 30% de la population à Varsovie était juive, dans une ville d’alors 1,2 million d’habitants. Et à l’échelle de la Pologne, les juifs étaient 3,5 millions, soit 10% des habitants. Seuls 200.000 à 300.000 d’entre eux ont survécu à l’Holocauste.

Puis, après la guerre, la plupart ont émigré. La dernière vague de départs a suivi une campagne antisémite orchestrée par le pouvoir communiste en 1968.

– ‘Endroit magique’ –

Aujourd’hui en Pologne, la communauté juive est très réduite: seules 7.000 personnes sont membres d’une trentaine d’organisations juives, et les Polonais d’origine juive sont quelques dizaines de milliers.

Témoin de la grandeur disparue de la communauté juive de Varsovie, le cimetière, établi en 1806, s’étend sur 33,5 hectares© AFP

Le cimetière de Varsovie a suivi le destin de cette communauté.

Inclus dans le ghetto pendant la guerre, il est partiellement détruit par les nazis qui y ont procédé à des exécutions de masse et dynamité tous les bâtiments.

« Ce n’est qu’après la chute du communisme en 1989 et le début du renouveau de la communauté juive à Varsovie qu’on a commencé à prendre soin véritablement du cimetière », explique à l’AFP Przemyslaw Szpilman, âgé d’une quarantaine d’années.

Aujourd’hui, le cimetière fonctionne toujours. Une vingtaine d’enterrements y ont lieu par an.

En 1939, plus de 30% de la population à Varsovie était juive sur 1,2 million d’habitants. A l’échelle de la Pologne, les juifs étaient 3,5 millions, soit 10% des habitants. Seuls 200.000 à 300.000 d’entre eux ont survécu à l’Holocauste.© AFP

« La communauté juive constituait une part importante de Varsovie et elle a eu une énorme influence sur sa vie. Il est de notre devoir de prendre soin de tels endroits. D’autant plus qu’aujourd’hui, cette communauté n’a ni les moyens financiers ni les moyens humains de le faire », explique une lycéenne de Varsovie, Zofia Dziekan, 18 ans, pour qui le cimetière est un « endroit magique ».

Gants de travail et grand sécateur dans les mains, elle coupe des érables sauvages, des buissons, enlève le lierre qui se propage en abondance sur les arbres et les matzevahs, pierres tombales, les cachant parfois entièrement.

– Besoins considérables –

« La végétation rend difficile l’accès à plusieurs carrés du cimetière. Cette année, grâce à l’aide des bénévoles, on a réussi à nettoyer près de trois hectares du cimetière », indique Aleksandra Waszak, 24 ans, de la Fondation du Patrimoine culturel qui réalise ce projet en coopération avec une ONG, Civil Service International, et son partenaire polonais, l’association Un Seul Monde.

Une bénévole nettoie le plus grand cimetière juil d’Europe, à Varsovie, le 22 août 2017© AFP

« Les arbres abîment les pierres tombales. Leurs racines les renversent par en-dessous. En plus, à cause de la végétation, le cimetière est envahi par l’humidité qui a un effet néfaste pour la pierre », explique-t-elle.

Ce projet lancé il y a trois ans n’est pas le seul destiné à préserver ce cimetière.

Un projet, né en avril 2010 sur Facebook, réunit environ une fois par mois en moyenne entre dix et trente personnes.

Et quelques autres cimetières juifs en Pologne bénéficient eux aussi sporadiquement d’un coup de main pour l’entretien, comme ceux de Cracovie ou de Lodz.

« Certains sont juste intéressés par la culture juive, d’autres ont leurs ancêtres enterrés ici », explique l’écrivain Jacek Dehnel, l’un des initiateurs du groupe de volontaires sur Facebook. « Les besoins sont gigantesques », souligne-t-il.

Seul environ un quart du cimetière juif de Varsovie a été nettoyé et restauré, explique son directeur. « C’est un processus très long, qui va prendre des décennies. J’espère que je vivrai jusque-là », dit-il.

http://5minutes.rtl.lu/grande-region/france/1071902.html

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