Ce quartier authentique et quasi-secret de Jaffa séduit les Israéliens qui cherchent à fuir les touristes

Tel Aviv compte trois marchés (« shouk » en hébreu) très populaires: le marché de Carmel, le marché aux puces de Jaffa ou encore le marché de Levinsky, des lieux incontournables pour les locaux et les touristes de passage dans la ville blanche.

Mais depuis quelques années, un nouveau venu émerge discrètement à l’entrée de Jaffa, à une minute à pied de la « Place de l’horloge » dans le quartier pittoresque au coeur de la vieille ville: le marché grec (« shouk hayevani »).

Un quartier historique

Ce lieu a été construit à la fin du 19ème siècle par le Monastère grec-orthodoxe de Jaffa après l’achat par l’Eglise grecque de plusieurs lots de terrains à l’est de la place de l’horloge, qui deviendra rapidement un centre dédié au commerce.

Les coins des rues ont d’ailleurs été arrondis de manière à permettre une fluidité dans la circulation des charrettes et des calèches qui s’engageaient dans l’animation des petites ruelles.

Le marché compte sept portes d’entrée menant vers différentes directions, chacune d’entre elle étant construite dans des styles distincts. Au-dessus de certaines figure d’ailleurs le symbole de l’Eglise grecque orthodoxe.

La rue Pinchas Ben Yair nous plonge dans l’atmosphère d’une vieille ville, parsemées d’étroites allées et de maisons en pierre denses. Au numéro 10 de la rue se trouvait la pharmacie « Versano », la première officine établie à Jaffa.

Laurie Blanc/i24NEWSLe marché grec de Jaffa le vendredi après-midi
Laurie Blanc/i24NEWS

Dans la rue Shimon HaTzadik, une usine de marbre a été construite sur les restes d’un mur datant du temps des Croisades.

Lors des rénovations successives du quartier, de nombreuses antiquités de l’époque Byzantine ont été découvertes et exposées par la suite.

Le plâtre rougeâtre de Jaffa, qui couvre les murs de la vieille ville depuis 120 ans, n’a lui pas cédé sous le poids du temps et sa couleur reste intacte.

La rue historique des marchands d’antiquités « Beit Ha’ashal », un acronyme de nourriture, sommeil et hébergement, est l’endroit où les marchands s’arrêtaient pour une pause après quelques jours de long voyage à dos de chameau. Ces bâtiments ont fait office d’auberge jusqu’à ce qu’ils ne soient plus utilisés.

Un lieu prisé

Le marché, longtemps délaissé, est depuis quelque temps prisé des amoureux de Jaffa qui boudent les endroits jugés trop touristiques.

Pour se perdre dans le « shouk hayevani » et rejoindre ses ruelles agitées, il est nécessaire de traverser et dépasser le restaurant emblématique de Jaffa « Docteur Shakshouka ».

Bars, restaurants et ateliers bourgeonnent dans ce marché à ciel ouvert où chaque commerce a ses caractéristiques propres et offrent des cocktails haut-de-gamme aux assiettes généreuses à partager.

Laurie Blanc/i24NEWSBar Le Ramses, dans le marché grec de Jaffa
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« J’aime beaucoup venir ici, j’ai l’impression d’être plus tranquille dans ces petites rues qu’au marché aux puces, où il y a trop de passage, en continu », confie Amitaï, 31 ans, assis en terrasse du bar, le « Ramses ».

« Je trouve aussi que l’ambiance est moins superficielle ici, c’est plus un style israélien, oriental, et il y a peu de touristes », affirme le jeune homme à i24NEWS.

En levant la tête, les passants se laissent émerveillés par l’architecture méditerranéenne et la pierre de Jérusalem qui s’illumine et rougit sous le soleil chaud d’Israël.

« C’est comme un quartier secret de Jaffa, j’adore me balader ici », dit Eden, 28 ans, marchant près du bar et restaurant « Jericho ».

Les quelques bâtiments en ruines ou abandonnés laissent place à l’imagination de chacun qui peut réinventer une histoire à chaque structure.

Bien que toutes les nuits de la semaine y soient agitées, les journées sont relativement calmes. A l’exception du vendredi, jour de marché, où les artisans occupent la rue principale.

Des artistes locaux viennent vendre leurs oeuvres, certains n’hésitent pas à sortir leurs pinceaux et s’improviser un petit atelier à même le trottoir pour permettre aux curieux de se pencher sur leur travail. Les performances de rue sont également variées et fréquentes.

Laurie Blanc/i24NEWSLe marché grec de Jaffa
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Concurrence et gentrification

Alors que le célèbre shouk « hapispichim » de Jaffa devient plus mainstream, le shouk « hayevani » est en passe de détrôner les puces, offrant de nouvelles options aux locaux à la recherche de bars alternatifs, de magasins de design ou de friperies vintages.

Il est facile de se sentir rapidement chez soi au marché grec du fait de la chaleur méditerranéenne qui s’en dégage et des nombreuses rues piétonnes, loin des nouvelles tours d’habitation construites près du marché aux puces.

C’est d’ailleurs l’authenticité de ce marché qui attire les commerces et designers ravis de se mêler aux anciens ateliers.

Le responsable du restaurant des Balkans, « HaSoania », sur la rue principale, affirme que son commerce abritait autrefois un bureau de change, puis une fabrique à chaussures dans les années 1990.

La raison pour laquelle ils ont choisi de s’installer dans ce quartier semble évidente à leurs yeux.

« Il y a deux ans, on s’est installé ici, plutôt qu’au marché aux puces parce que nous pensons que le marché grec est le nouveau Shouk Hapishpishim. La plupart de l’animation de Jaffa est en train de se déplacer ici », a affirmé l’homme d’une trentaine d’années à i24NEWS.

Galit a quant à elle ouvert son magasin de vêtements « Love me two times » il y a trois ans, « exactement à la fin des rénovations », précise-t-elle.

« Avant les routes n’étaient pas comme vous les voyez aujourd’hui, tout était en ruines », poursuit-elle en en français, avec un accent israélien.

Laurie Blanc/i24NEWSUne boutique du marché grec de Jaffa
Laurie Blanc/i24NEWS

Galit raconte avoir choisi d’installer son magasin dans le marché grec, en raison de son amour pour Jaffa mais aussi pour échapper au côté « trop touristique » du marché aux puces.

Les propriétaires du quartier attendent une approbation de la mairie pour construire des appartements à l’étage.

« A ce moment là, je devrais déménager… Mais je sais que ça peut prendre des années jusqu’à ce qu’ils aient cette acceptation », confie-t-elle à i24NEWS.

La menace de voir les petits commerces fermés pour construire des appartements pèse sur le quartier qui attire déjà les investisseurs et les agences immobilières conscients du potentiel évident de ces rues colorées et accueillantes.

La gentrification semble être une composante de nos sociétés à laquelle il est désormais difficile d’échapper.

Les lignes de bus pour s’y rendre sont les mêmes que celles qui desservent Jaffa: les bus 1, 25 et 125.

Laurie Blanc est journaliste pour le site internet en français d’i24NEWS.

https://www.i24news.tv/fr/actu/israel/societe/153409-170820-le-marche-grec-de-jaffa-nouveau-lieu-incontournable-de-la-ville-blanche

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