Yom Haatzmaout : quel avenir pour l’Etat d’Israël par Salomé Fitoussi

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A l’occasion des 69 ans de l’Etat hébreu, retour sur les défis qui l’attendent dans les prochaines années

Israël fête aujourd’hui ses 69 ans. La journée de l’Indépendance revêt cette année un caractère spécial puisque le pays célébre également le centenaire de la Déclaration Balfour, le document émis par le ministère britannique des Affaires étrangères qui a permis de faire avancer de façon significatif le projet d’établissement de l’Etat hébreu.

Depuis, le pays a dû faire de sa sécurité une priorité nationale. « Le pessimisme est un luxe qu’un Juif ne peut ne peut jamais se permettre », disait l’ancienne Première ministre Golda Meir, à propos de la menace extérieure constante à laquelle le pays est confronté.

Pourtant, si l’avenir de ses relations avec ses voisins venait à s’adoucir, les prochains enjeux majeurs d’Israël devraient se situer à l’intérieur même du pays. Pour David Kleczewski, journaliste chez i24NEWS, et doctorant en sciences politiques à l’Université de Tel Aviv, le pays devra affronter de nombreux défis aussi bien démographiques qu’économiques ou encore sociologiques dans les prochaines années.

Explosion démographique

« L’un des principaux défis internes d’Israël est d’apprendre à gérer l’explosion démographique de sa population », affirme le chercheur, ajoutant qu’avec un taux de natalité constant, l’Etat hébreu devrait voir sa population augmenter d’un million d’habitants tous les 7 ans.

« Israël franchira la barre symboliques des 10 millions d’âmes vers 2025, un enjeu considérable en terme d’infrastructure en tout genre, de transports en commun et surtout en terme de logements », assure-t-il.

Jeunes manifestants juifs à Jérusalem
AFP

L’accroissement de la population israélienne est sans précédent, et c’est une réalité tout à fait nouvelle pour le gouvernement, poursuit M. Kleczewski. « Ce n’est que très récemment que les responsables politiques ont pris la mesure de cet enjeu », affirme-t-il.

Un phénomène qui pourrait expliquer en partie la surévaluation des prix de l’immobilier qui sont 25% au-dessus de la réalité du marché selon les chiffres du Fond mondial international (FMI), mais également la pénurie de logement.

Révolte sociale

« La vie au quotidien est difficile, le coût des loyers, de la nourriture, c’est un pays qui continue de se construire. Je pense qu’il doit encore trouver son équilibre pour permettre de meilleures conditions de vie », confie à i24NEWS, Shiran, une habitante de Holon (banlieue de Tel Aviv), issue de la première génération des enfants de l’État d’Israël.

En effet, les revendications économiques et sociales semblent prendre une part de plus en plus importante au sein la société israélienne. En témoigne notamment le mouvement de 2011 contre la cherté des logements et de la vie courante, baptisé « la révolte des tentes ».

Ce qui était au départ une initiative lancée sur Facebook par une jeune femme de 25 ans, est très vite devenu le plus grand mouvement de revendications sociales de l’histoire du pays, rassemblant des centaines de milliers de personnes et obligeant le gouvernement prendre des mesures.

De par son succès foudroyant et durable, le campement n’est pas sans évoquer celui établi pendant plusieurs semaines par les Indignés espagnols sur la place Puerta del Sol, à Madrid, au mois de mai.
AFP

« Sur le plan électoral, depuis 2011 et la révolte des tentes, on voit se succéder des leaders centristes qui parviennent à se hisser au gouvernement à des positions importantes sur cet enjeu social. Yair Lapid (Yesh Atid) en 2013 et Moshé Kahlon (Koulanou) en 2015 », constate M. Kleczewski.

« A tel point qu’on peut se demander si l’enjeu social n’est pas devenu incontournable dans la politique israélienne à côté de la sécurité », note le chercheur. Une idée qui a été défendue par les protestataires de la révolte des tentesn et qui désigne le manque de concurrence comme l’une des conséquences du coût élevé des principaux postes de dépense des ménages, comme l’immobilier et l’alimentaire.

Les « tycoons », cette poignée d’industriels, propriétaires des plus grandes entreprises du pays et qui font régner une oligarchie régissant une partie de l’économie nationale, ont d’ailleurs été largement critiqué lors de la révolte sociale de 2011.

Le « Am Israël »

La communauté juive francophone entend souvent parler de l’importance de l’intégration de ses olims (nouveaux migrants), dont l’alyah ne devrait pas « se résumer à aller boire un café à la plage après son travail », comme le déplore David à i24NEWS, arrivé de France il y a maintenant 7 ans.

« C’est une goutte d’eau », précise Kleczewski, qui rappelle que l’immigration juive constituait à l’époque un défi bien plus crucial pour la société israélienne qu’aujourd’hui.

Selon lui, le vrai défi constitue à intégrer davantage dans la vie économique et sociale, des tranches de la population qui ne travaillent pas pour des raisons culturelles, tel que les femmes arabes et les hommes juifs ultra-orthodoxes.

« J’ai l’impression qu’on est de moins en moins solidaire, à part lors les périodes d’urgence comme la guerre », affirme David, qui depuis son arrivée en Israël, a fait de l’entraide son cheval de bataille, et qui s’alarme de la montée des clivages au sein de la société israélienne.

Israël: environ 2.4 millions de personnes vivent dans la pauvreté

« On oublie parfois notre objectif commun, qui est de vivre ici dans les meilleures conditions. On se préoccupe davantage de ce qui nous divise », constate-t-il.

Il faut « rappeler aux gens à quel point il est exceptionnel de vivre à cet époque, dans l’Etat d’Israël », insiste-t-il. « Pendant 2.000 ans on rêvait de ce moment, et là on fait partie d’une génération qui peut le faire ».

Des paroles qui font échos à celles prononcées par le Premier ministre Benyamin Netanyahou l’an dernier, à cette même occasion : « il y a soixante-huit ans, l’État d’Israël a été fondé, ce fut un événement historique considérable. Pendant des milliers d’années, le peuple juif aspirait à retrouver son indépendance et sa souveraineté. Aujourd’hui, nous l’avons. Nous contrôlons notre destin, et nous protégeons nos vies ».

Salomé Fitoussi est journaliste pour le site francophone d’i24NEWS

http://www.i24news.tv/fr/actu/israel/144221-170502-yom-haatzmaout-quel-avenir-pour-l-etat-d-israel

 

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