Accusé d’avoir diffusé la photo d’une quenelle devant Ohr Torah, l’école juive où Mohammed Merah a assassiné quatre personnes, Jo le Corbeau s’est exprimé devant la cour d’appel. Pour affirmer son innocence.

Longtemps, en garde à vue puis lors de l’instruction, Joe le Corbeau a joué de son droit au silence. Ce caricaturiste au goût nauséabond, ce qui ne constitue pas un délit, a été arrêté en janvier 2014 après avoir diffusé sur son site internet la photo d’un homme réalisant une quenelle, un salut nazi inversé, devant l’école Or Thorah. Une école où Mohammed Merah a assassiné trois enfants et un enseignant juifs en mars 2012 à Toulouse.

Hier devant la cour d’appel de Toulouse, ce père de famille de 34 ans relevait appel de sa condamnation à 6 mois de prison et 5 000 € d’amende pour «provocation à la haine» raciale par communication électronique. Et cette fois, il a expliqué «pourquoi il était innocent». Au préalable il a confié «son empathie aux familles de victimes» et il a condamné «un crime atroce». «Il faut être un monstre pour faire ça. Je le redis», lâche cet homme à la barre.

La suite devient rapidement plus sinueuse. Entre les menaces de mort des organisations pro-sionistes qu’il dit avoir reçues «par milliers» et son refus de l’antisémitisme, on s’éloigne de l’école et de la photo. «Je n’ai jamais publié cette photo. Elle a été publiée sur mon site Facebook puis je l’ai reprise sur mon site mais j’ai pris soin de la couper pour ne pas identifier l’école !»

«Mais vous l’avez bien diffusé sur votre site», s’étonne la présidente.

«Oui mais après les autres… La presse a raconté n’importe quoi. Ils ont même écrit que j’avais réalisé la photo ! On m’a fait porter le chapeau alors qu’il n’y a aucune preuve.»

La présidente qui constate que l’école est citée dans le texte finit par lâcher, agacée : «Vous jouez sur les mots».

«Du mal à des gens qui ne le méritaient pas»

La diffusion de la photo, même recadrée, qualifie-t-elle la provocation à la haine raciale ? L’avocat général Chazottes le pense et requiert la confirmation de la condamnation. Condamnation que réclament également les parties civiles. Me Simon Cohen parle pour l’école mais également pour Eva Sandler, épouse de l’enseignant exécuté et de deux enfants exécutés en mars 2012. «Parce qu’ils étaient juifs et vous refaites du mal à des gens qui ne le méritaient pas», condamne Me Cohen. «Vos idées vous regardent et elles ne sont pas condamnables, constate l’avocat. En revanche la provocation à la haine est poursuivable. C’est ça qu’on vous reproche !» Pour la ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme et le bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, Me Zerbib reproche le contexte «nauséabond de l’antisémitisme». «On vous transmet, vous diffusez et vous assortissez cette publication de propos antisémites. Cela est condamnable», reproche Me Zerbib.

En défense, Me Naïma Haoulia a haussé le ton, dénonçant un contexte. «Vous ne le jugez pas pour un dessin, une caricature ou ses opinions. Seulement pour une photo qu’il n’a pas diffusée», tonne l’avocate nîmoise réclamant la relaxe. «Personne n’a rien vérifié dans cette enquête à charge. C’est ridicule !»

La cour rendra sa décision le 9 novembre.

Jean Cohadon

http://www.ladepeche.fr/article/2016/10/05/2433029-quenelle-devant-l-ecole-juive-jo-le-corbeau-s-explique.html

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