Etre socialiste sera davantage un obstacle que d’être juif pour le candidat à la présidentielle

Dans le cas peu probable où le sénateur du Vermont Bernie Sanders devenait le candidat du parti démocrate à la présidentielle, il ne sera pas le premier Américain d’origine juive à remporter cette distinction.

Le pionnier fut Barry Goldwater, candidat républicain à la présidentielle de 1964, fils d’un homme d’affaires juif d’Arizona dont les parents avaient immigré aux États-Unis depuis la Pologne. Et bien que Goldwater ait été élevé dans le protestantisme, il est resté très fier de son héritage juif.

« On m’a dit que j’étais épiscopalien avant que je n’apprenne que mon père était juif », a expliqué un jour Goldwater. « Mais je suis fier de mes ancêtres juifs ». Une autre fois, alors qu’il était critiqué au Sénat pour son opposition à un projet de loi sur les droits civiques, il a lancé calmement: « Je sais ce qu’est la discrimination. Je suis Juif. »

Puis il y eut le sénateur démocrate du Connecticut Joe Lieberman, qui fut candidat à l’investiture de son parti pour la présidentielle de 2004. Contrairement à Goldwater, il n’a pas représenté son parti aux élections, mais il s’identifiait comme un Juif « moderne orthodoxe » pratiquant (il ne travaillait pas le jour du shabbat) et comme un fervent partisan d’Israël, qui a maintenu des liens étroits avec la communauté juive américaine institutionnalisé.

En un sens, concernant son identité juive, Sanders a plus en commun avec Goldwater qu’avec Lieberman. Bien que ses parents immigrants l’aient élevé dans la tradition juive à Brooklyn, qu’il ait fait sa Bar Mitzvah et qu’il ait apparemment passé quelque temps à travailler dans un kibboutz en Israël, il a rarement évoqué ces questions en public. En fait, Sanders s’est abstenu de donner aux journalistes des informations sur la synagogue dans laquelle il a fait sa Bar Mitsvah ou sur le kibboutz dans lequel il a travaillé.

Alors que sa première femme était juive, sa seconde a été élevée dans le catholicisme. Sanders, qui a passé une grande partie de sa vie adulte dans le Vermont, a décliné les invitations des rabbins locaux et les dirigeants juifs pour devenir un membre actif de la très petite communauté juive de l’Etat de la Nouvelle Angleterre.

« Je ne suis pas impliqué activement avec la communauté », a expliqué Sanders cette année dans une interview, et a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’était pas religieux au sens traditionnel du terme, mais davantage sur le plan culturel.

« Je suis qui je suis », a-t-il affirmé lorsque le célèbre présentateur Jimmy Kimmel lui a demandé s’il croyait en Dieu. « Ce que je crois et ce en quoi ma spiritualité consiste, c’est que nous sommes tous dans le même bateau, et je pense qu’il n’est pas une bonne chose de croire, qu’en tant qu’êtres humains, nous pouvons tourner le dos à d’autres personnes ».

« Ce n’est pas le judaïsme », a-t-il ajouté, soulignant l’influence que le pape François a eue sur sa réflexion sur les questions sociales et politiques.

Tout cela peut expliquer pourquoi très peu de politiciens et de journalistes ont soulevé la question de l’identité religieuse de Sander ou se sont référés à lui comme un « candidat juif à la présidentielle ». La seule à le faire a été la présentatrice (américano-syrienne) Diane Rehm de la National Public Radio (NPR), qui a demandé Sanders s’il avait la double nationalité américano-israélienne (il ne l’a jamais eu).

Ceci explique aussi pourquoi sa candidature n’a pas été célébrée par les Juifs américains comme un événement historique, à l’image du choix de Lieberman comme colistier du candidat démocrate Al Gore en 2000, qui a été considéré comme un tournant important dans la vie juive en Amérique.

Si Sanders avait décidé de se présenter comme un candidat juif à la présidentielle, il n’aurait cependant pas eu à faire face à une réaction politique. De récents sondages d’opinion indiquent que les grandes majorités des électeurs américains acceptent l’idée d’avoir un président juif (mais pas un président musulman).

Ironiquement, les mêmes sondages indiquent également qu’une nette majorité des Américains ne voterait pas pour un socialiste ou pour un candidat athée à la présidentielle. En fait, être le premier candidat présidentiel socialiste et le fait de s’affirmer comme non-religieux pourrait être, pour le sénateur du Vermont, un obstacle politique plus important que le fait d’être juif.

De ce point de vue, avec son fort accent de Brooklyn et sa ressemblance avec le comédien Larry David, ses opposants républicains et conservateurs perçoivent probablement Sanders comme un « New Yorkais libéral » typique, ce qui, dans certains cercles, est assimilé au fait d’être juif.

Et rien n’indique que l’héritage juif de Sanders puisse affecter le vote de la plupart des électeurs juifs américains. Ils seraient probablement plus enclins à soutenir la méthodiste Hillary Clinton ou encore l’ancien maire de New York Mike Bloomberg qui peut encore décider de briguer la présidence cette année, et qui, sans doute, ne partage pas les attitudes complexes de Sanders à l’égard de son juive identité.

Leon Hadar est analyste à Wikstrat, un cabinet de conseil géostratégique et enseigne les relations internationales à l’Université du Maryland, College Park.

SOURCE :  http://www.i24news.tv/fr/actu/international/ameriques/101290-160201-analyse-le-non-probleme-juif-de-bernie-sanders

 

 

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