Maïmonide retient que la tradition juive ne repose pas seulement sur la Bible; elle se continue aussi par une tradition orale relatée dans le Talmud.mehila-2012Il est surprenant de noter que dans le Pentateuque, soit les cinq livres de Moïse, il est bel et bien marqué que l’on doit pardonner lors du jour de Kippour, mais la nécessité d’une repentance n’est quant à elle consignée nulle part. Cette exigence du pardon a donc été insérée par la tradition orale.
Le Talmud de Babylone, traité Yoma 85B, dit ainsi :
Les fautes de l’homme envers Dieu sont pardonnées le jour de Kippour, mais les fautes de l’homme envers autrui ne sont pardonnées qui si on se réconcilie avec lui.
Un peu plus loin à la page 87A il continue :
Rav Yossef fils d’Habou a interrogé Rabbi Abahou : il est dit (dans la Mishna) «les fautes entre l’homme et son prochain ne sont pardonnées qui si on se réconcilie » et pourtant il est écrit (I Samuel 2, 25) «Si un homme offense un autre homme, Dieu (Elokim(, fait justice; mais si c’est Dieu lui-même qu’il offense, qui intercédera pour lui ? » N’est-ce pas Dieu qui juge ? S’il en est ainsi, répond R. Abahou, lis la fin du verset «mais si c’est Dieu lui-même qu’il offense, qui intercédera pour lui ?»
En fait voici comment il faut comprendre :
Si un homme commet une faute à l’égard d’un homme puis l’apaise, D.ieu pardonnera.
Mais si la faute est commise à l’égard de D.ieu qui pourra intercéder pour lui (le fauteur) sinon le repentir et les bonnes actions.
Rabbi Isaac enseigne : celui qui offense son prochain, même par des propos, doit l’apaiser (pour être pardonné), comme il est dit (Pv 6, 2) : «Mon fils, si tu t’es porté garant pour ton prochain, si tu as engagé ta parole pour un étranger, tu es pris au piège de tes promesses; tu es devenu le prisonnier de ta parole. Fais donc ceci, mon fils, pour recouvrer ta liberté, puisque tu es tombé au pouvoir d’autrui : va, insiste avec énergie et livre un assaut à ton prochain »

Notre existence résulte du pardon et du pardon à nous-même tout d’abord, surtout dans le registre des remords. Nous n’admettons guère que des événements aient pu survenir et se dérouler de telle ou telle manière, de là provient notre carence au pardon de nous-même.
En n’excusant pas, nous entrons dans le procès moral et tout va alors très mal, car il y a écart et nous nous heurtons alors à la vérité. Somme toute, ce que nous supposons être la « vérité », n’était pourtant que du passé et le passé n’est plus.
Chaque fois que nous combattons notre passé, nous entrons en guerre contre nous-même, et cette constante dissension interne génère de la souffrance.
Quand nous aurons définitivement adopté la magnanimité, nous saurons affirmer que notre vie n’a certes pas été une ligne droite, mais en définitif, un très beau voyage et alors il sera plus simple de pardonner à autrui.
La compassion pardonne, car elle connaît le rapport entre l’état d’ignorance et l’erreur. Elle ne traduit pas l’erreur comme un péché et elle sait que l’erreur en vérité n’en n’est même pas une, car elle a sa place dans le devenir de l’âme comme l’instant d’un apprentissage qui devait être fait.
Elle est un « oui » total à la Vie qui ne renie rien de ce que la vie comprend d’expériences et souvent d’épreuves.
Le pardon dans le Judaïsme prend, malgré tout, ses origines dans la Bible où deux aspects y sont indissociables: l’aspect individuel et l’aspect collectif.

Pour faire l’expérience des deux types de pardon, l’individu doit répondre à deux obligations :
Pour obtenir le pardon individuel, il doit se repentir, reconnaître ses écarts, éprouver du regret, désirer changer;
Pour pouvoir partager le pardon collectif, il doit se sentir lié au Peuple d’Israël, plus ce lien sera fort, plus le pardon, acquis par l’entremise du mérite du peuple, sera sérieux.

La question du pardon est complexe : il y a le pardon que l’on cherche à attirer, puis celui que l’on partage. Dans le Judaïsme on souligne beaucoup plus le pardon que l’on sollicite, et moins sur celui que l’on offre.
On réitère infiniment la notion de repentir, l’amélioration de soi, sur ce qui est désigné en Hébreu comme « la Techouva ». Le pardon est donc un cheminement, il faut s’y investir totalement. Pour cette raison, il n’y a pas d’hommes dans la Loi juive dont la fonction est d’octroyer l’absolution.
Le pardon est relationnel! On doit se pardonner avant de pouvoir pardonner à autrui.

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