La cacherout et l’interdit du meurtre
Le meurtre d’un père et de ses deux fils ainsi que d’une petite fille à l’école juive d’Ozar Hatorah de Toulouse a eu lieu dans le contexte de la campagne électorale qui se déroule actuellement en France.
Il n’est pas inutile de rappeler que quelques semaines plus tôt, une polémique à propos de l’abattage rituel avait secoué vivement cette campagne électorale, au point de conduire le premier ministre français à s’interroger sur la légitimité d’une « telle pratique ancestrale » qui est à l’œuvre dans la cacherout.
Dès lors il peut être opportun d’analyser l’acte meurtrier à la lumière du savoir révélé par l’acte de manger cacher afin d’en retenir un enseignement sur la structure psychique et la personnalité du meurtrier.
Du début jusqu’à la fin du processus qui doit aboutir à sa cachérisation , la viande animale connaît toute une série de prélèvements et de retranchements :l’abattage rituel par le cho’het , la bédika, l’examen des viscères et la vérification des poumons, le nikour procédé par le menaker consistant à fractionner l’animal en opérant sur lui-
même une soustraction du nerf sciatique élargie à toute la partie postérieure, ainsi que des graisses viscérales avant qu’il ne soit vidé de son sang par la cachérisation.
Toutes ces opérations contribuent à réduire et à modifier la viande dans sa structure animale afin de la rendre assimilable par l’homme.
L’enjeu consistant, sous l’influence du commandement divin, à séparer l’homme du caractère bestial et agressif qui se rapporte à la matière animale, à l’image de l’oiseau de proie inapte à la consommation en vertu qu’avant de manger sa proie, il la lacère de ses griffes (Eno doress veokhel ).
Ainsi pouvons nous affirmer qu’il existe un lien étroit entre la cacherout et l’intégration de l’interdit du meurtre, en ce sens que manger cacher équivaut nécessairement à un acte d’élévation de la matière au niveau spirituel et nous pouvons mesurer qu’une telle opération de transformation de la matière fait radicalement défaut chez le meurtrier.
Le meurtrier qui, à Toulouse s’en est pris avec toute la bestialité que l’on sait, aux quatre victimes juives, a témoigné de cette absence de séparation d’avec l’animalité en faisant corps avec la matière, au point de devenir semblable à la bête.

Mais ce qui doit attirer notre attention et que notre expérience clinique confirme régulièrement, c’est qu’au-delà de la réalité du passage à l’acte meurtrier, il existe chez de tels sujets une absence structurale de cet opérateur psychique, de cette trace interne à même d’ordonner la matière corporelle dans le sens de la parole et du nom qui constituent la marque de fabrique de l’humanité. Ou pour le dire en termes généalogiques, ces sujets qui restent aux prises avec une mère qui n’a pas été modifiée par le père, dans un contexte où la loi est soutenue par le grand frère, ne parviennent pas à accéder à une identité séparée, en étant nommé.
A cet égard, que le meurtrier ait recherché à se filmer au moment où il tuait n’est pas pour nous étonner tant cela constitue la marque de ces passages à l’acte meurtrier chez le psychotique : accéder au moyen de l’image à une identité séparée qui les conduit, lorsqu’ils parviennent à survivre à leur acte, à dire en se visionnant : « C’était moi et pas moi ».
De sorte que lorsque le meurtrier de Toulouse sort littéralement de la scène familiale (il se dit être un « loup solitaire » et nous savons qu’il a très peu connu son père) pour aller tuer, il vient régler en réalité des comptes généalogiques.
D’abord en s’en prenant à des militaires musulmans, représentants probables de l’autorité paternelle déchue, ensuite à un père juif en exercice sous la figure de ce jeune père et rav accompagnant ses fils sur le chemin de l’Etude. Ce père juif qui, en enseignant à ses enfants de manger cacher, leur transmet l’interdit du meurtre.
Ces mêmes fondements à l’interdit du meurtre que sont la cacherout ou encore la milah auxquels les Nations ne veulent décidément rien savoir en les assimilant à des « pratiques ancestrales » ou à des exercices d’un autre âge, quitte à fragiliser leurs sociétés sur cette question déterminante.
Jérusalem
Chlomo Stora, psychologue clinicien

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