La crise de la quarantaine est presque un phénomène culturel, tant elle touche les hommes en milieu de vie. Elle n’est pourtant pas fondée biologiquement, explique le chercheur en psychologie évolutionnaire –et contributeur de Slate.com– Jesse Bering, sur son blog:

 

«Les études d’épidémiologie révèlent qu’elle n’est pas plus associée à l’anxiété, le divorce, la dépression, les désillusions professionnelles que les autres étapes de la vie. Ces problèmes ressortent même davantage à d’autres périodes. Le passage à l’adolescence non plus n’est pas un long fleuve tranquille.»

 

Son billet de blog vient corroborer un article de Live Science de février dernier, qui expliquait que la «crise de la quarantaine» n’est pas un fait scientifique. Ce genre de situation est avant tout déclenché par un élément perturbateur: un échec professionnel, la maladie ou la mort d’un proche.

 

On ne peut donc pas parler de crise de la quarantaine, au sens d’un passage obligé, déterminé biologiquement. Mais des études en psychologie ont bien montré que des personnes qui traversent l’étape charnière de la moitié de leur vie font face à des prises de conscience fondamentales, qui ont parfois des effets dramatiques, selon Jesse Bering.

 

Le flou de l’âge

 

Ces prises de conscience plus ou moins violentes ont lieu à un âge assez flou, comme en attestent les dénominations française -crise de la quarantaine-, et anglaise, -midlife crisis- (crise du milieu de la vie).

 

On retrouve d’ailleurs ce flou dans les réponses des américains interrogés sur le sujet, qui situent cette période charnière à des âges différents, selon leur propre âge. Pour des étudiants, la crise de la quarantaine commence à 35 ans, alors qu’elle débute seulement à 40 ans pour ceux qui ont 35 ans. Néanmoins, un sondage récent effectué sur un large échantillon de Suisses de tous âges a abouti à situer la crise de la quarantaine entre 35 et 53 ans.

 

Quelles sont les manifestations de la traversée de cette période de prise de conscience? Les hommes deviendraient égoïstes, seraient pris de comportements impulsifs, quitteraient leur femme pour un nouvel hédonisme? La définition qu’Elliott Jacques, psychologue qui a introduit le concept pour la première fois en 1965 est en fait assez éloignée de ces clichés.

 

De ses multiples consultations, Elliott Jacques a analysé qu’il s’agit d’une période déconcertante où les personnes réalisent que le temps qui leur reste à vivre sur terre sera moins long que celui qu’ils ont déjà vécu: «La mort n’est désormais plus de l’autre côté».

 

Génies en crise

 

Il s’est surtout intéressé à la relation entre cette période charnière et le génie créateur de grands artistes et penseurs, catégorisant les trois façons dont ces génies traversent la crise de la quarantaine.

 

Les premiers en meurent littéralement –comme Mozart, Raphael, Chopin, Rimbaud, Purcell, ou Baudelaire morts entre 35 et 39 ans– ou périssent métaphoriquement, laissant leur génie créateur derrière eux.

 

Pour les deuxièmes, au contraire, c’est une sonnette d’alarme stimulatrice. Ils prennent conscience qu’il ne leur reste qu’une moitié de vie pour que leur génie atteigne des sommets. On pense ainsi que c’est entre 35 et 40 ans que Shakespeare a écrit Hamlet, King Lear, Macbeth ou Othello, tandis que Bach n’est devenu réellement un grand compositeur qu’après ses 38 ans.

 

Les derniers connaissent avec cet âge une transformation radicale –souvent positive– de leur art ou de leur pensée. Ainsi l’univers philosophique et sombre de La Divine comédie, que Dante écrivit à 37 ans, contraste avec ses écrits de jeunesse idylliques.

Slate

Photo: moitié d’une horloge Svennemanvia Flickr CC License by

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