Deux décennies de Réglementation Rushdie

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par Daniel Pipes
Commentary
http://fr.danielpipes.org/8955/deux-decennies-de-reglementation-rushdie

Version originale anglaise: Two Decades of the Rushdie Rules
Adaptation française: Johan Bourlard

De 1989, année de la publication d’un roman de Salman Rushdie, à 2010, année de la protestation civile américaine appelée « Everyone Draw Muhammad Day » (« Jour où tout le monde dessine Mahomet »), s’est mis en place un schéma bien connu qui entre en action quand les Occidentaux disent ou font quelque chose de critique au sujet de l’Islam. Les islamistes répondent par des insultes et des affronts, des demandes de rétractation, des menaces de procès et de violence ainsi que par des actes de violence réelle. Face à cela, les Occidentaux bredouillent et usent de faux-fuyants avant de plier. Depuis tout ce temps, chaque controverse suscite un débat centré sur la question de la liberté d’expression.

À propos de cette évolution, j’insisterai sur deux points. Premièrement, sur l’érosion, année après année, du droit des Occidentaux à contester, critiquer et même ridiculiser l’Islam et les musulmans. Deuxièmement, sur la place mineure occupée par la liberté d’expression au sein d’un enjeu plus profond, à savoir une question déterminante pour notre époque : les Occidentaux vont-ils maintenir leur civilisation ancestrale face aux assauts des islamistes ou vont-ils céder devant la culture et la loi islamiques et se soumettre à une espèce de citoyenneté de seconde classe ?

La couverture du livre qui a conduit à la Réglementation Rushdie.

L’ère de la protestation islamiste commença soudainement le 14 février 1989 lorsque l’ayatollah Ruhollah Khomeyni, guide suprême iranien, vit à la télévision les réactions violentes de Pakistanais au nouveau roman de Salman Rushdie, célèbre écrivain aux origines indienne et musulmane. Le titre de son livre, Les Versets sataniques, est déjà à lui seul une référence au Coran et un défi aux susceptibilités des musulmans. Son contenu ne fait qu’attiser le problème. Scandalisé par ce qu’il considérait comme un portrait blasphématoire de l’Islam dressé par Rushdie, Khomeyni publia un édit dont l’impact toujours actuel mérite qu’on le cite en détails :

« J’informe tous les musulmans zélés du monde que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques – qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au Prophète et au Coran – ainsi que tous ceux qui, impliqués dans la publication du livre, ont connaissance de son contenu, sont condamnés à mort.

J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’on les trouve, de telle sorte que personne d’autre n’ose insulter le caractère sacré de l’Islam. Par la volonté d’Allah, quiconque est tué dans cette voie est un martyr.

En outre, quiconque pouvant approcher l’auteur de ce livre mais n’ayant pas le pouvoir de l’exécuter devra le dénoncer au peuple de telle sorte qu’il puisse être puni pour ses actes. »

Cet édit sans précédent – aucun chef de gouvernement n’avait jamais appelé à l’exécution d’un romancier vivant dans un pays étranger – tomba comme un coup de tonnerre et surprit tout le monde depuis les responsables gouvernementaux iraniens jusqu’à Rushdie lui-même. Personne n’avait imaginé qu’un roman réaliste magique qui regorge de personnages tombés du ciel et d’animaux parlants, eût pu s’attirer les foudres du maître de l’Iran, un pays avec lequel Rushdie avait d’ailleurs peu de liens.

L’édit provoqua des agressions physiques contre des librairies en Italie, en Norvège et aux États-Unis et sur des traducteurs des Versets sataniques en Norvège, au Japon et en Turquie. Dans ce dernier cas, le traducteur et 36 autres personnes périrent dans un incendie criminel visant un hôtel. D’autres faits de violence survenus dans des pays à majorité musulmane causèrent la mort de 20 personnes, la plupart dans le sous-continent indien. Ensuite, au moment où la vague de protestations s’apaisait, Khomeyni mourut. Sa disparition rendit cet édit, parfois appelé improprement fatwa, immuable.

L’édit comporte quatre éléments importants. Premièrement, en écrivant « en opposition à l’Islam, au Prophète et au Coran », Khomeyni délimita la portée très large des sujets sacrés qui ne pouvaient être traités irrespectueusement sans encourir une sentence de mort.

Deuxièmement, en visant « tous ceux qui, impliqués dans la publication du livre, ont connaissance de son contenu », il déclara la guerre non seulement à l’artiste mais aussi à toute une infrastructure culturelle comprenant les milliers d’employés de maisons d’édition, d’annonceurs, de sociétés de distribution et de librairies.

Troisièmement, en ordonnant l’exécution de Rushdie « de telle sorte que personne d’autre n’ose insulter le caractère sacré de l’Islam », Khomeyni montra clairement que son objectif n’était pas seulement de punir un écrivain mais aussi de prévenir de futurs actes de dérision.

Enfin, en demandant à ceux qui sont dans l’impossibilité d’exécuter Rushdie « de le dénoncer », Khomeyni appela chaque musulman dans le monde à devenir partie prenante d’un réseau informel de renseignements destiné à faire respecter le caractère sacré de l’Islam.

Ces quatre caractéristiques constituent dans leur ensemble ce que j’appelle la Réglementation Rushdie. Vingt ans après, celle-ci demeure plus que jamais en place.

En Occident, cet édit créa plusieurs précédents. Celui du dirigeant politique étranger feignant d’ignorer, avec succès, les limites conventionnelles des pouvoirs d’un État. Celui du dirigeant religieux intervenant dans les affaires culturelles occidentales de façon directe et arbitraire, à moindre frais et sans véritablement rencontrer de résistance. Et celui du dirigeant musulman appliquant une partie de la loi islamique, la charia, dans un pays à majorité non musulmane. À ce propos, les États occidentaux firent par moments office de véritables agents de Khomeyni. Ainsi, le gouvernement autrichien fit prononcer une peine de prison avec sursis contre une personne ayant défié la Réglementation Rushdie, tandis que les gouvernements français et australien introduisirent des plaintes qui auraient pu se traduire par de la prison ferme. Plus frappant, les autorités du Canada, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de la Finlande et d’Israël ont réellement mis en prison des transgresseurs de la Réglementation Rushdie. On a du mal à se rappeler l’époque insouciante d’avant 1989, quand les Occidentaux parlaient et écrivaient librement à propos de l’Islam et de sujets en rapport avec l’Islam.

La Réglementation Rushdie eut un impact immédiat sur les musulmans établis en Occident. Leurs accès de colère et de violence produisirent chez eux un nouveau sentiment de puissance. De la Suède à la Nouvelle-Zélande, les islamistes se réjouirent du fait que, après avoir été sur la défensive pendant des siècles, les musulmans étaient en mesure de s’exprimer et, au cœur de l’enfer, de défier l’Occident. La plupart des actes de violence qui suivirent frappèrent aveuglément, prenant modèle sur le 11 Septembre, Bali, Madrid, Beslan, Londres, où les djihadistes tuèrent quiconque se trouvait sur leur passage : TheReligionOfPeace.com montre une moyenne de cinq attaques terroristes islamistes aveugles par jour dans le monde.

Moins habituelle mais plus intimidante est la violence visant ceux qui défient la Réglementation Rushdie. Limitons nos exemples à un seul pays, le Danemark. En octobre 2004, un professeur à l’Institut Carsten Niebuhr de l’Université de Copenhague fut battu et roué de coups de pied par plusieurs inconnus alors qu’il quittait l’université. Ceux-ci lui firent remarquer qu’il avait lu le Coran, chose qu’un infidèle (kafir) n’a pas le droit de faire. En octobre 2005, le directeur du Jyllands-Posten, Flemming Rose, fut menacé pour avoir commandé des caricatures représentant Mahomet. Deux des caricaturistes durent se cacher. Par la suite, l’un d’eux, Kurt Westergaard, échappa de justesse à une agression physique à son domicile. En mars 2006, Naser Khader, homme politique anti-islamiste, fut menacé par un islamiste qui l’avait prévenu que s’il devenait ministre dans le gouvernement, on le ferait exploser, lui et son ministère.

L’expérience danoise est symptomatique. Selon le Wall Street Journal, « Dans toute l’Europe, des dizaines de personnes vivent actuellement cachées ou sous protection policière à cause de menaces émanant d’extrémistes musulmans. » Même le Pape Benoît XVI reçut une salve de menaces après avoir cité la parole d’un empereur byzantin au sujet de l’Islam. Rien qu’aux Pays-Bas, les hommes politiques reçurent pas moins de 121 menaces de mort en l’espace d’une seule année. En novembre 2004, l’exécution dans une rue d’Amsterdam de Theo Van Gogh – célèbre libertaire à la fois réalisateur, animateur de talk shows, chroniqueur de journaux et provocateur qui avait tourné l’Islam en ridicule – traumatisa son pays provoqua, pendant un bref moment, un état insurrectionnel.

Généralement, les Occidentaux perçoivent cette violence comme un défi lancé à leur droit de s’exprimer. Mais si la liberté d’expression constitue le champ de bataille, le nerf de la guerre, lui, se situe au niveau des principes fondateurs de la civilisation occidentale. Le tapage que font régulièrement les islamistes vise trois objectifs – pas toujours clairement exprimés – qui vont bien au-delà de l’interdiction de critiquer l’Islam.

Le premier objectif consiste à établir un statut de supériorité pour l’Islam. Les exigences de Khomeyni en faveur de la trinité sacrée que sont « l’Islam, le Prophète et le Coran » impliquent des privilèges pour une seule religion et la préservation contre le pagaille du marché des idées. L’Islam devrait bénéficier de règles exceptionnelles dont les autres religions ne pourraient bénéficier. Jésus peut être la cible de dérisions sacrilèges dans La Vie de Briandes Monty Python ou dans Corpus Christi mais, comme le mentionne le titre d’un livre, « il faut être prudent avec Mahomet ! »

Cela nous amène au second objectif : la supériorité des musulmans et l’infériorité des Occidentaux. Les islamistes ont coutume de dire et de faire des choses bien plus offensantes pour les Occidentaux que tout ce que les Occidentaux peuvent faire vis-à-vis des musulmans. Ils méprisent ouvertement la culture occidentale qui, selon les termes d’un islamiste algérien, n’est pas une civilisation mais une « syphilisation ». Leurs grands médias publient des caricatures bien plus grossières, plus ignobles et plus violentes qu’aucune de celles commandées par Flemming Rose. Ils insultent librement le judaïsme, le christianisme, l’hindouisme et le bouddhisme. Ils assassinent des juifs simplement parce qu’ils sont juifs, comme Daniel Pearl au Pakistan, Sébastien Sellam et Ilan Halimi en France ainsi que Pamela Waechter et Ariel Sellouk aux États-Unis. Que ce soit par peur ou par manque d’attention, les Occidentaux acceptent une situation d’inégalité où les musulmans peuvent attaquer et blesser alors qu’ils sont eux-mêmes à l’abri de tout affront ou de toute peine du même genre.

Si les Occidentaux finissent par accepter ces inégalités, le statut du dhimmi suivra. Ce concept islamique permet aux « Gens du Livre », c’est-à-dire les monothéistes comme les chrétiens et les juifs, de continuer à pratiquer leur religion sous la domination musulmane et en étant sujets à de nombreuses restrictions. En son temps, le statut du dhimmi présentait certains avantages (jusqu’à très récemment, 1945, les juifs avaient souvent une vie meilleure dans le monde musulman que dans le monde chrétien), mais son but est d’insulter et humilier les non-musulmans autant que d’exalter la supériorité des musulmans. Les dhimmis payent des impôts spéciaux, ne peuvent pas servir dans l’armée ni participer au gouvernement, et souffrent d’incapacités légales englobantes. En certains lieux et à certaines époques, les dhimmis pouvaient monter à dos d’âne mais pas à cheval, ils portaient des vêtements distinctifs et un vieillard dhimmi était obligé, dans la rue, de céder le passage à tout enfant musulman. Des éléments du statut du dhimmi ont récemment été appliqués en divers endroits comme Gaza, la Cisjordanie, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, la Malaisie et les Philippines. Et il est clair que le Londonistan et ce qui suit sont dans leur ligne de mire.

À son tour, le rétablissement du statut du dhimmi constitue le premier pas vers le troisième et ultime objectif des islamistes, à savoir l’application intégrale de la charia. Fermer toute discussion sur l’Islam ouvre la voie à cette solution. Inversement, maintenir la liberté d’expression sur l’Islam représente un moyen de défense capital contre l’imposition d’un ordre islamique. Préserver notre civilisation exige la libre discussion sur l’Islam.

La charia réglemente la vie aussi bien privée que publique. La dimension privée englobe des domaines aussi personnels que l’hygiène corporelle, la sexualité, la grossesse, les relations familiales, le tenue vestimentaire et l’alimentation. Dans le domaine public, la charia réglemente les relations sociales, les transactions commerciales, les peines criminelles, le statut des femmes et des minorités, l’esclavage, l’identité des gouvernants, le pouvoir judiciaire, l’impôt et la guerre. Bref, la loi islamique englobe tout, allant du bon usage du papier toilette jusqu’à la conduite de la guerre.

Plus encore, la charia contredit les principes les plus fondamentaux de la civilisation occidentale. L’inégalité des relations entre homme et femme, entre musulman et kafir, entre maître et esclave, est incompatible avec l’égalité des droits. Le harem est incompatible avec le principe de la monogamie. Le suprémacisme islamique contredit la liberté religieuse. Un Dieu souverain ne peut tolérer la démocratie.

Les islamistes sont tous d’accord sur le but à atteindre : l’application de la loi islamique à l’échelle planétaire. Mais ils divergent sur la manière d’y arriver, soit par la violence (moyen privilégié par Ben Laden), soit par le gouvernement totalitaire (Khomeyni), soit par la participation au jeu politique (comme l’intellectuel suisse Tariq Ramadan). Quelle que soit la manière employée, si les islamistes étaient en mesure d’établir un ordre conforme à la charia, ils remplaceraient, dans les faits, la civilisation occidentale par la civilisation islamique. Du point de vue américain, permettre au Coran de l’emporter sur la Constitution revient à mettre fin aux États-Unis tels qu’ils existent depuis plus de deux siècles.

En d’autres termes, accepter la Réglementation Rushdie implique un processus qui se terminera par l’application intégrale de

Le Muslim Council of Britain (MCB) souhaite transformer les écoles au Royaume-Uni.

la charia. Si Khomeyni parvenait à ses fins, ceux d’entre nous qui accordent de la valeur à la civilisation occidentale ne pourraient pas argumenter face à la charia. Afin de comprendre les conséquences de la fermeture du débat sur l’islam, examinons le rapport apparemment anodin publié en 2007 par le Muslim Council of Britain (MCB, « Conseil musulman de Grande-Bretagne »), une institution islamiste de premier plan au Royaume-Uni. Intitulé Towards Greater Understanding (« Vers une plus grande entente »), ce rapport conseille les autorités britanniques sur la manière de se comporter avec les étudiants musulmans fréquentant l’école publique.

Le MCB cherche à créer un environnement scolaire dans lequel les enfants musulmans ne feront pas « d’hypothèses inappropriées » telles que « pour progresser dans la société ils doivent adapter ou abandonner certains aspects de leur identité, leurs convictions et valeurs religieuses. » À cette fin, le MCB propose une liste ahurissante de changements qui altérerait fondamentalement la nature de l’école britannique en la transformant, de facto, en institution de type saoudien. Voici quelques-unes de ses suggestions :

  • Prières : fournir (1) « des canettes et des bouteilles d’eau » supplémentaires pour les ablutions et (2) des lieux de prière, idéalement séparés pour les filles et les garçons. Les écoles devraient également permettre à « un visiteur externe convenable, un enseignant ou un ancien élève » de diriger la prière commune du vendredi et de prononcer le sermon.
  • Toilettes : mettre de l’eau à disposition dans des canettes ou des bouteilles à des fins hygiéniques.
  • Vie en société : ne pas obliger quelqu’un à serrer la main d’une personne du sexe opposé, qu’il s’agisse d’étudiants ou de professeurs.
  • Calendrier : prévoir des jours de congé pour tous durant les deux grandes fêtes musulmanes de l’Aïd.
  • Fêtes : impliquer les étudiants non musulmans et leurs parents dans les rituels festifs islamiques. Pendant le Ramadan, par exemple, tous les enfants, et pas seulement les musulmans, devraient célébrer « l’esprit et les valeurs du Ramadan au travers d’une prière collective ou de réunions à thème et d’un Iftar (rupture du jeûne) en commun. »
  • Ramadan : (1) pas d’examens pendant ce mois « étant donné que préparer des examens tout en jeûnant peut s’avérer difficile pour certains élèves » et (2) pas d’éducation sexuelle afin de respecter les restrictions en matière sexuelle pendant ce mois.
  • Alimentation : fournir des repas halal et permettre aux étudiants de manger de leur main droite.
  • Habillement : permettre le port du hijab et même du jilbab (long vêtement couvrant le corps jusqu’aux chevilles) et, dans les piscines, faire porter aux enfants musulmans des maillots de bain pudiques (ex. pour les filles, des bodys ou caleçons enveloppants) ; autoriser les amulettes islamiques.
  • Barbes : un droit pour les élèves musulmans.
  • Sports : séparation des sexes en cas de contact physique entre les joueurs, comme pour le basket et le football, et en cas d’exposition à la vue, comme pour la natation.
  • Douches : cabines individuelles indispensables, pour que les musulmans ne soient pas soumis au « profond abaissement » que constitue la nudité de chacun vis-à-vis des autres.
  • Musique : à limiter aux « voix humaines et aux instruments à percussion dépourvus de mélodie, tels que la batterie. »
  • Danse : exclue à moins d’être exécutée dans un endroit non mixte et de ne pas « comporter de messages à connotations sexuelles. »
  • Formation des enseignants et directeurs : le personnel enseignant devrait suivre une « formation de conscientisation » à l’Islam de sorte que les écoles soient « mieux informées et plus aptes à estimer avec précision les besoins de leurs élèves musulmans. »
  • Arts : exempter les élèves musulmans de réaliser « des représentations figuratives d’êtres humains en trois dimensions. »
  • Instruction religieuse : interdiction de représenter par l’image les prophètes (y compris Jésus).
  • Enseignement des langues : rendre l’apprentissage de l’arabe accessible à tous les étudiants musulmans.
  • Civilisation islamique : (1) étudier l’apport des musulmans à l’Europe dans les cours d’histoire, d’art, de mathématiques et de sciences et (2) mettre en évidence les aspects communs du patrimoine européen et islamique.

L’imposition, explicite ou non, de la Réglementation Rushdie rendrait impossible toute critique d’un programme tel que celui

« Les musulmans nous disent comment gérer nos écoles » : une réaction à la brochure du MCB.

du MCB. Je ne pourrais pas écrire cet article, Commentary ne pourrait pas le publier et vous ne pourriez pas le lire.

Réviser le système scolaire n’est qu’un des innombrables changements prévus au programme. Pas à pas, morceau par morceau, les islamistes souhaitent miner les principes de la société occidentale en y instillant leurs principes en matière d’éducation, de culture et d’institutions par le biais d’un système islamique concurrent qui, avec le temps, supplantera les institutions laïques et conduira à l’avènement effectif d’un ordre islamique. Certains changements ont déjà pris place et s’étendent à de nombreux aspects de la vie quotidienne. Voici quelques exemples qui ne manquent pas de sel :

Les mariages polygames sont valides sous certaines conditions au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Belgique, en Italie, en Australie et dans la province canadienne de l’Ontario. Il existe des séances de natation réservées aux femmes musulmanes dans les piscines municipales de l’État de Washington. Des cours réservés aux femmes sont organisés par Virginia Tech, une université publique. Dans trois États des États-Unis, les femmes peuvent porter le hijab sur la photo de leur permis de conduire. En Grande-Bretagne, les femmes travaillant pour IKEA ou pour la police de Londres peuvent porter un hijab aux couleurs de l’entreprise fourni par leur employeur.

Les tirelires en forme de cochon ont été bannies en tant que symbole d’épargne dans deux grandes banques britanniques. « Tout courrier contenant des éléments religieux contraires à la foi islamique » ne peut pas être envoyé par U.S. postal (la poste américaine) aux soldats servant au Moyen-Orient. Dans un hôpital écossais, le personnel médical ne peut ni manger ni boire en présence de patients ou collègues musulmans pendant le mois de Ramadan. La Ville de Boston a vendu au rabais un terrain public pour y construire un centre islamique.

Ces pas, petits et grands, vers l’islamisation minent les valeurs et coutumes occidentales. C’est inacceptable : les musulmans

En Grande-Bretagne, IKEA, le géant de l'ameublement, met des hijabs à ses couleurs à la disposition de ses employées musulmanes.

sont autorisés à jouir de l’égalité en droits et en responsabilités mais pas de privilèges spéciaux. Ils doivent prendre place dans l’ordre existant, et non refondre les sociétés occidentales dans le moule islamique. Une liberté toujours plus grande est la bienvenue, mais pas la régression vers les normes moyenâgeuses de la charia.

Avec le recul, les réactions à l’édit Rushdie dans le monde intellectuel et politique en 1989 furent remarquables en ce qui concerne le soutien au romancier en péril, particulièrement de la gauche. Les intellectuels de gauche étaient plus susceptibles de le soutenir (Susan Sontag : « notre intégrité en tant que nation est tout autant mise en danger par l’attaque lancée contre un écrivain que contre un navire pétrolier ») que ceux de la droite (Patrick Buchanan : « nous devrions ne faire aucun cas de ce petit roman blasphématoire »). Mais les temps ont changé : récemment Paul Berman a publié un livre, The Flight of the Intellectuals (« La fuite des intellectuels »), qui condamne ses coreligionnaires de gauche pour (comme le mentionne la couverture) avoir « agi maladroitement dans leurs efforts pour s’attaquer aux idées des islamistes et à leur violence. »

Dans le même temps, le président français, le socialiste François Mitterrand, qualifiait la menace contre Rushdie de « mal absolu ». Le Parti Vert allemand cherchait à rompre tous les accords économiques avec l’Iran. Hans-Dietrich Genscher, ministre allemand des Affaires étrangères, appuyait une résolution de l’Union européenne soutenant Rushdie comme « un signal pour assurer la préservation de la civilisation et des valeurs humaines. » LeSénat américain adoptait à l’unanimité une résolution déclarant qu’il s’engageait « à protéger le droit de toute personne à écrire, publier, vendre, acheter et lire des livres sans craindre aucune violence » et condamnait la menace lancée par Khomeyni de « terrorisme d’État ». En 2010, de telles réactions de la part d’instances politiques dirigeantes sont inconcevables.

Depuis 1989, à chaque fois qu’il s’agit pratiquer la liberté d’expression comme dans le cas des caricatures de Mahomet au Danemark ou des études irrévérencieuses sur l’Islam publiées par Prometheus Books, des légions d’écrivains, d’éditeurs et d’illustrateurs se sont dérobés et ont renoncé à s’exprimer. Deux exemples : La société Paramount Pictures a, dans son adaptation au cinéma du roman de Tom Clancy, La somme de toutes les peurs, remplacé les terroristes du type Hamas par des néo-nazis européens. Quant aux éditions Yale University Press, elles ont publié un livre traitant de la crise liée aux caricatures danoises sans autoriser la reproduction de ces caricatures dans le livre.

Le raisonnement de ceux qui capitulent n’a malheureusement rien d’exceptionnel : « Cette décision avait pour seul motif le souci de la sécurité publique » ; « la sécurité de nos clients et de nos employés est une priorité majeure » ; « J’ai vraiment peur que quelqu’un m’égorge » ; « Si j’avais dit ce que je pense réellement de l’Islam, il y a longtemps que je ne serais plus de ce monde » ; et « Si c’est mal perçu, je signe mon propre arrêt de mort. »

Les changements intervenus depuis 1989 résultent principalement du développement des trois « -ismes » : le multiculturalisme, le fascisme de gauche, et l’islamisme. La poussée du multiculturalisme ne considère aucune façon de vivre, aucune croyance, aucune philosophie politique comme meilleure ou pire que les autres. Tout comme les cuisines italienne et japonaise sont également délicieuses et nourrissantes, l’environnementalisme et la Wicca offrent des alternatives également crédibles à la civilisation judéo-chrétienne. Pourquoi se battre pour un mode de vie qui n’a aucune prétention de supériorité sur les autres ?

Cependant, il existerait un mode de vie pire que les autres : si l’impérialisme occidental et la race blanche polluent le monde, qui voudra de la civilisation occidentale ? Un mouvement assez important de fascistes de gauche, mené par Hugo Chávez, considère la puissance occidentale, qu’ils appellent « Empire », comme la principale menace dans le monde, avec les États-Unis et Israël dans le rôle des coupables principaux.

Depuis 1989, l’islamisme a progressé de façon spectaculaire au point d’être devenu la forme d’utopie radicale la plus puissante : allié à la gauche, dominant les sociétés civiles, défiant de nombreux gouvernements, s’emparant de certains autres, mettant en place une tête de pont en Occident, et faisant avancer intelligemment son programme au sein des institutions internationales.

En somme, le yin de la faiblesse occidentale a rencontré le yang de l’assurance islamiste. Les défenseurs de la civilisation occidentale doivent combattre non seulement les islamistes mais aussi les partisans du multiculturalisme qui les renforcent et les partisans de la gauche qui s’allient avec eux.

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