Monsieur Abbas, l’histoire ne peut, indéfiniment, resservir les mêmes plats refroidis

Par Marc Brzustowski

Derrière le miroir pour www.feminin.co.il

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© 2010 lessakele et © 2010 aschkel.info

On connaît, par cœur, l’adage célèbre de l’ancien Ministre Abba Eban : « Les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion ». Elle aurait été prononcée en 1973 et l’histoire ne se rappelle pas précisément s’il s’agissait vraiment des seuls Palestiniens -alors peu maîtres de leur destin-, ou des Arabes dans leur ensemble, à la veille de la guerre du Kippour et à l’avant-veille du futur accord de paix entre Begin et Sadate de 1978.

La distinction entre Arabes et Palestiniens importe, ici, surtout parce que, contrairement à Yasser Arafat, incarnant un leadership sanglant en lutte contre Israël, Mahmoud Abbas, par sagesse ou frilosité à l’égard du Hamas, a choisi de mettre sa propre autorité sous la tutelle de la Ligue Arabe. Ainsi ne doit-il donner sa réponse formelle à la poursuite ou non du processus de paix à peine enclenché, qu’après avoir consulté ses mentors, entre le 4 et le 6 octobre. Obama, de son côté, fait pression sur Netanyahou, à coups de bâtons et de carottes sécuritaires, affirmant son peu d’engagement foncier envers ces questions sensibles pour Israël.

Le prétexte du « dégel » tombait à pic pour mieux faire oublier les autres concessions qu’Israël est en droit d’attendre de la partie adverse, mais dont il n’est, grâce à ce subterfuge, nullement question. La principale aurait été la reconnaissance d’un état Juif. Or, celle-ci n’est même pas envisagée par la Ligue Arabe. Chacun de ses membres, y compris le futur état palestinien, revendique, pourtant bien son statut strictement arabe et musulman, jusqu’à l’éradication de toute présence juive, notamment et surtout en Judée-Samarie, berceau de la nation et de ses pères fondateurs, créateurs-récepteurs de la première charte monothéiste.

L’affaire n’est donc ni de date malencontreusement inopportune, ni de délimitation de frontières. D’autant que la situation sur la carte des implantations peut, en principe, encore donner lieu à un découpage territorial qui accorderait à Israël la souveraineté sur ce 1 et quelque pour cent qu’elles représentent sur l’ensemble du territoire concerné, tout en accordant la contrepartie du contrôle de centres de population arabe à l’AP. La question est idéologique et politico-religieuse, séminale, dans la mesure du rapport de forces entre un bloc arabo-musulman dominant au Moyen-Orient et d’un Etat Juif qui n’est pas même reconnu sur le papier.

Par le timing suivi, par contre, on peut prendre la phrase d’Abba Eban à revers et affirmer, au contraire, que toute la stratégie palestinienne repose sur un dosage subtil des moments de refuser de faire quelque pas que ce soit et de ceux où il devient approprié d’entrer en scène pour obtenir plus. On comprend, par là, qu’Abbas fait de la figuration, mais n’a pas la moindre intention de négocier sérieusement en temps et en heure, le fond ou la forme de ses propres intransigeances, tout en accusant Israël d’être opposé à négocier des points difficiles à traiter.

Ce « coup du sablier » semble bien programmé pour n’advenir que quelques semaines avant la fin du moratoire sur le gel des implantations, décrété par Netanyahou : Abbas se trouve aussitôt en position, soit de réclamer une prolongation de ce moratoire, soit de clamer à la face du monde que, manifestant des réticences à revenir sur la parole donnée, Israël ne veut pas la paix. Que c’est donc bien sur ce seul pays que les pressions internationales doivent porter.

On aura beau jeu de rétorquer qu’Abbas bénéficiait de dix mois pour se lancer dans la prospection d’un accord, et surtout, que s’il l’avait fait, il était plus probable que le Premier Ministre israélien, à deux doigts de finaliser, aurait pu prendre le risque de demander une prolongation à sa coalition. L’Autorité Palestinienne n’en a rien fait et l’échéance reste valable, sans quoi, il n’y a plus ni loi ni accord, à l’interne comme à l’externe. C’est en respectant ses promesses et en se respectant lui-même, quelques soient les exigences, qu’un homme politique peut être pris au sérieux par ceux qui lui ont fait confiance. Israël n’a pas à être tributaire des façons de se faire prier de Monsieur Abbas.

Lorsque la France, par la voix du Président Sarkozy, affirme que « la colonisation doit cesser », elle préfère oublier plusieurs choses :

–      D’abord, qu’à aucun moment, la partie palestinienne n’avait exigé ce Gel, au début du processus, en 1993, ni en 2000, lors des ratés de Camp David et Taba.

–      Qu’Israël a, de lui-même, convenu et s’est engagé à ne pas développer de nouvelles implantations, à partir de 2000.

–      Deux notions sont alors apparues qui restent cardinales, concernant les engagements israéliens :

–      La notion de « croissance naturelle » qui ne concerne que des aménagements ou développements au sein même des implantations existantes ;

–      Celle d’implantations ou « colonies », dès lors « illégales », qui sont ou seront démantelées.

Alors, d’où provient donc cette conception que seul le Gel complet garantit la Paix ? Tout simplement d’une proposition américaine de Barack Obama, à la mi-2009, comme l’une des pré-conditions qui favoriserait le retour à des négociations directes. C’était un point d’amorçage, uniquement. Mais, si l’on remonte plus loin dans le temps, on s’aperçoit vite que son origine est le point cardinal de rassemblement du mouvement pacifiste israélien post-sioniste : Shalom Akhshav. Bien avant qu’Obama n’emploie cet argument-massue, sous l’influence de ses amis de J-Street, du « gel ou retrait d’abord, négociations ensuite », la gauche israélienne a été et reste le doctrinaire qui murmure à l’oreille des chevaux palestiniens :

« toute présence juive au-delà de la « ligne verte » est, en soi, une « occupation » de fait ; exigez et vous obtiendrez »

Même sans prendre parti pour la validité ou non de cette assertion, on voit que le débat est d’abord interne à la société israélienne et à un mouvement pacifiste unilatéral, qui démontre ainsi n’exister que d‘un seul côté. Du coup, cette hémiplégie plonge dans les abysses quelques questions fondamentales du Sionisme, comme révolution des mentalités et des croyances : à savoir une patrie pour les Juifs du monde entier, notamment expulsés des pays arabes et musulmans. Dans la doctrine de Shalom Akhshav, en effet, la fin de ce qu’il stigmatise sous le nom de « colonisation » ne supporte aucune contrepartie. Pas même les Palestiniens devraient-ils, corrélativement, mettre un terme au terrorisme, appelée « lutte armée » lorsqu’elle s’en prend à des civils à coups de bombes humaines, de lynchage, ou à l’incitation à la haine. Et surtout, cela n’engage aucune négociation préalable ni retraçage de frontières, ni accord entre les parties. C’est un point de dogme qui engendre des croyances aussi fugaces qu’elles demeurent invérifiables, sauf par la reprise (ou non) du sentier de la violence, alors d’autant plus « légitime ».

Ainsi, paradoxalement, un mouvement électoralement inexistant en Israël est, tout bonnement, en train de dicter sa vision du monde pacifié à l’Administration américaine. Elle est conforme aux attentes du lobby saoudien aux Etats-Unis[1], par les incitations d’Obama sur Israël et de la Ligue arabe sur Mahmoud Abbas. Le concept est devenu paradigmatique, ultra-consensuel, pré-conditionnant les tenants et aboutissants, à propos de ce que « devrait être » la paix universelle : il ne se « discute » pas. Il enterre la paix ou entérine la guerre, en n’accusant qu’un seul et toujours même coté de l’échec de la diplomatie. C’est, au sens propre, un diktat.

Au passage, on feint d’oublier que le retour à la table des négociations directes consiste à évoquer les points qui fâchent d’abord et de trouver les arrangements qui garantissent au mieux les droits de résidence et de circulation dans le seul intérêt ultérieur des deux populations. Comme 20% d’arabo-musulmans demeurent en Israël, il n’est pas totalement incongru de parvenir à un accord sécuritaire pour les 300 000 résidents juifs, à cheval sur les deux territoires. Mais cela requiert de la créativité politique, et Obama n’en a ni le temps ni la ressource.

Lorsque Mahmoud Abbas proclame qu’aucun Juif, serait-il soldat de l’OTAN ne doit subsister dans aucun territoire de la future Palestine, il exige, tout simplement, des pays occidentaux fournisseurs de sa propre sécurité, qu’ils appliquent des mesures discriminatoires d’Apartheid. Qu’ils érigent ce racisme en Credo. De ces finalités, rappelées par Shmuel Trigano

(in : http://www.jforum.fr/forum/communaute/article/un-affront-aux-juifs-de-france ),

ni Obama, ni Sarkozy ne semblent s’offusquer. Ils sont trop pressés de parvenir à un « accord », irait-il à l’inverse de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, revue et corrigée par le Conseil des Pays islamiques.

Lorsque des Institutions juives de France, secondées par des piliers intellectuels et journalistes proches de Shalom Akhshav et J-Call reçoivent le dirigeant de l’OLP, dans un grand moment d’extase sur le « projet Abbas », ont-ils seulement conscience de participer indirectement à l’élaboration d’une paix sans Juifs ?

Quand les dés sont pipés, un arbitrage s’impose sur le « respect » des règles du jeu [selon Raphaël Draï, le terme « respect » a été mis en avant, comme pour amadouer les spectateurs restés coits, lors des échanges mentionnés supra, entre intellectuels patentés au nom des Institutions juives et le représentant de l’Autorité palestinienne]. Le « processus de paix » étant un avion sans pilote naviguant dans le brouillard, peut-être est-il plus sage d’attendre que celui-ci se dissipe, plutôt que d’aller s’écraser sur les toujours mêmes falaises d’une intransigeance voilée qui ne dit pas son nom : le refus de toute entité juive légitime au Proche-Orient ou nulle part ailleurs.


[1] Mitchell Bard :  The Arab Lobby: The Invisible Alliance That Undermines America’s Interests in the Middle East (HarperCollins), Will Israel Survive? (Palgrave)

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